Le lit du sol

 

" S'abaisser jusqu'à l'humus où se mêlent 
Larmes et rosées, sangs versés
Et source inviolée, où les corps suppliciés 
retrouvent la douce argile,
Humus prêt à recevoir frayeurs et douleurs, 
     Pour que tout ait une fin et que pourtant 
     rien ne soit perdu.

S'abaisser jusqu'à l'humus où se loge
La promesse du souffle originel. Unique lieu 
De transmutation où frayeurs et douleurs
Se découvrent paix et silence. Se joignent alors 
Pourri et nourri, ne font qu'un terme et germe. 
Lieu du choix : la voie de mort mène au néant,
Le désir de vie mène à la vie. Oui, le miracle a lieu, 
Pour que tout ait une fin et que pourtant
     toute fin puisse être naissance.

S'abaisser jusqu'à l'humus, consentir
À être humus même. Unir la souffrance portée 
Par soi à la souffrance du monde ; unir
Les voix tues au chant d'oiseau, les os givrés 
     au vacarme des perce-neige ! "

François Cheng, S'abaisser jusqu'à l'humus

 

Copyright © 2016 Caroline A.

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